Au domaine de Varagnes, à Annonay, un artiste plasticien et un botaniste ont conduit avec deux classes de lycée un workshop art-science adossé à un herbier constitué en 1872 par la famille Seguin. Une classe de première spécialité Arts plastiques et une classe de seconde du lycée Agrotech ont collecté la flore du parc, puis conçu des productions plastiques qui ont été exposées en mai dans la serre du domaine. Le projet a été réactivé le 3 octobre 2026 à l'occasion de la Fête de la Science.

Un herbier de 1872 comme point de départ
Le domaine de Varagnes, demeure de l'ingénieur Marc Seguin à Annonay, est intégralement inscrit à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques. L'Association des Amis de la Fondation Seguin (AAFS), qui en valorise les collections, s'est donné pour mission d'encourager la création contemporaine à partir de ce patrimoine.
Parmi les « Collections de Varagnes » figure un herbier constitué en 1872 par des membres de la famille Seguin, rassemblant principalement des spécimens de la flore locale. Il a été inventorié et numérisé par le naturaliste Émilien Bouteille en amont du projet.
L'herbier constitue à la fois un document scientifique, une archive familiale et, par la composition de ses planches, un objet visuel. Il n’a pas ici été considéré comme un simple objet patrimonial mais a fonctionné comme la matrice du projet artistique et pédagogique.
La résidence participative conçue par l'AAFS, soutenue par la Région Auvergne-Rhône-Alpes (appel à projets « Culture en territoire »), la DRAC et le Département de l'Ardèche, poursuivait un double objectif. Un objectif scientifique d’une part : la comparaison de cet herbier ancien avec la flore actuelle d’Annonay, combinée avec la sensibilisation des lycéens et public à la biodiversité. Un objectif plastique d’autre part, au travers de la mise en œuvre d’un Workshop collaboratif, dialoguant avec le lieu d’exposition, animé par l’artiste plasticien Johnny Lebigot. Le Parc naturel régional du Pilat et le Conservatoire botanique national du Massif central se sont associés au projet : les données de recensement ont vocation à rejoindre les bases botaniques régionales.

Un artiste plasticien et un botaniste
Johnny Lebigot, artiste plasticien, construit depuis une vingtaine d'années des installations à partir de matériaux naturels collectés au fil de ses déplacements : fleurs, plumes, pierres, bois, champignons, coquillages. Ses cueillettes, séchées, découpées puis assemblées selon des protocoles rigoureux, deviennent des structures suspendues qui évoquent tour à tour le paysage, le conte ou le cabinet de curiosités.
Plusieurs aspects de sa démarche intéressent directement l'enseignement des arts plastiques. Il privilégie des matériaux naturels modestes dont l’intérêt plastique n’est pas perçu par le plus grand nombre. Il les fixe et les assemble sans utiliser de colle ou de laque, si bien que ses œuvres continuent d'évoluer avec la chaleur et l'humidité. Il brouille enfin les frontières entre végétal, animal et minéral, ce qu'il nomme « la confusion des règnes ». Attentif aux lieux qu'il investit, il cherche à en révéler l'architecture et l'histoire plutôt qu'à les masquer, et intègre volontiers des éléments prélevés sur place.
Émilien Bouteille, naturaliste, entomologiste et botaniste, a inventorié et numérisé l'herbier de Varagnes. Il a conduit avec les élèves le travail de récolte, de détermination et de conditionnement des végétaux, et présenté aux élèves de la spécialité Arts plastiques la démarche du scientifique.
La médiation a été assurée par Helena de Jong, pour le GAC et l'AAFS. Les deux intervenants ont bénéficié d'un hébergement et d'un espace de travail sur le domaine.
Décloisonner : deux classes, deux filières
Le workshop a réuni une classe de première spécialité Arts plastiques du lycée Boissy d'Anglas et une classe de seconde professionnelle du lycée Agrotech d'Annonay. Ce choix répondait à une intention explicite : lutter contre les cloisonnements pédagogiques, entre disciplines, mais aussi entre filières et entre établissements qui, sur un même territoire, se côtoient rarement.
De la collecte à l'exposition dans la serre
Les éléments naturels utilisés dans les productions ont tous été recueillis sur place, dans le parc du domaine, à l'issue d'un travail de collecte. Cette démarche fait du site à la fois le sujet, la ressource et le lieu de la production plastique. Il rejoue aussi, à un siècle et demi d’écart, le geste des auteurs de l'herbier, qui avaient prélevé leurs échantillons botaniques au même endroit.
Les productions ont été exposées au mois de mai dans la serre de Varagnes. Le choix de ce lieu engageait déjà une réflexion plastique. Une serre est un espace de verre et de lumière conçu pour abriter et acclimater le végétal ; elle est aussi, par son architecture, un objet patrimonial. Les travaux des élèves ont dialogué avec la structure, la transparence des parois et la circulation qu'impose le lieu, conformément au principe, cher à Johnny Lebigot, d'une œuvre qui révèle l'espace plutôt qu'elle ne le recouvre.
Un effort particulier a porté sur le dispositif de présentation du travail collectif : comment présenter une production collaborative sans la réduire à une juxtaposition de contributions individuelles ni effacer celles-ci dans un ensemble indifférencié ? Comment faire dialoguer les productions avec leur espace de présentation ?
Réactivation : la Fête de la science, 3 octobre 2026
Le projet a été réactivé le samedi 3 octobre 2026, lors d'une journée « Biodiversité à Varagnes » organisée dans le cadre de la Fête de la science. L'exposition des productions des élèves, présentée comme la restitution de la résidence participative, y a été associée à une balade-cueillette consacrée aux plantes sauvages et à leurs usages, à des observations botaniques, à une série de conférences en présence notamment d'un membre du Muséum national d'histoire naturelle.
Cette réactivation a déplacé les œuvres dans un autre contexte de réception, celui d'un public venu pour la science. Elle les a inscrites dans un parcours où la promenade dans le parc précède ou prolonge la visite, de sorte que le spectateur fait à son tour l'expérience du site dont sont issus les éléments végétaux mis en scène dans les productions.
Axes de questionnement
Le projet a permis d'aborder plusieurs questionnements du programme de spécialité du cycle terminal.
- Rapport au réel : mimesis, ressemblance, vraisemblance et valeur expressive de l’écart
- Caractéristiques physiques et sensibles de la matière et des matériaux
- Élargissement des données matérielles de l’œuvre
- Sollicitation du spectateur : stratégies et visées de l'artiste
- Accentuation de la perception sensible de l'œuvre
- Rapport au contexte de présentation et contextes de monstration
- Contextes et dynamiques de collaboration et de co-création
- L'art et les sciences : dialogue ou hybridation
Conclusion
Le workshop de Varagnes montre qu'un patrimoine scientifique peut devenir un levier de création plastique fécond pour nos élèves. La constitution de l’herbier, point de départ de l’atelier, a été rejouée, dans ses gestes, ses matériaux et son territoire, mais pour être ensuite transposée et détournée, afin de devenir un projet plastique à part entière.
Pour les élèves de spécialité Arts Plastiques, l'expérience a permis d’articuler pratique, culture artistique et réflexion sur la présentation, au contact d’un artiste plasticien et d’un botaniste. Pour les élèves d'Agrotech, elle a ouvert le savoir et les méthodes naturalistes sur une dimension sensible.
Ressources
- Association des Amis de la Fondation Seguin, domaine de Varagnes : seguin-varagnes.eu
- Johnny Lebigot, site de l'artiste : johnnylebigot.com








